jeudi 17 juillet 2008
Les Poissons

Il y a des petits poissons dans le grand bocal.
Des poissons rouges.
Rouge sang
rouge douleur, rouge criant.
Il y a des poissons bleus aussi.
Bleu larme
bleu de peur bleue.
Il y a de longs oiseaux blancs
munis d'un bec en aiguille
qui piquent
mais qui veillent aussi.
Et puis, il y a mon enfant.
Poisson d'or, poisson d'argent
entre deux eaux depuis huit ans.
Mon enfant sourire
mon enfant admirable.
Mon amour radieux
mon amour radiant.
Désirée Thomé 2008
photo Désirée, hier, couloir de l'Hôpital HFME de Bron.
mardi 24 juin 2008
S'assagir
C’est quelque chose de blanc
Que je sens s'installer
Contre mes côtes en paix.
Un calme immense.
Mon cœur guerrier n’haka danse plus
Le sauvage grimaçant,
Se délave sous ses peintures tribales.
Ce n’est pas la fatigue qui gagne
C’est l’œil qui s’ouvre et contemple
Et s’âge de plus en plus.
Vieillir parfois
c'est retrouver sous les fatras
les cris et la clameur
l'âme d'avant.
Ouvre-toi coquille !
Sort du semblant d’aimer
Et du vouloir plaire.
Tente un pied hors de toi
Marche et va vers l’autre là-bas
Nu comme toi
Sur sa grève lavée, sous son ciel stérile,
Tapi apeuré dans sa mort programmée.
Toque à sa lèvre : il sait qui tu es.
Il connaît toi par cœur, plus rien ne l’effraie.
Désirée Thomé 2008
Photo de Monsieur Bernard dit l'ermite par Madame Mireille Dumont pour le site Le Québec en images
jeudi 19 juin 2008
Pas à pas
Un jour, nous nous rencontrerons enfin.
C’est écrit dans les limbes, au revers des étoiles,
au fond des coquillages, aux herbes des chemins.
C’est le papillon qui l’a chanté
au bord bleu de son aile,
et la fleur frémissant des assauts de l’abeille :
Sous la pierre tout murmure que tu n’es plus très loin.
Déjà, les arabesques de nos pas,
savent qu’elles s’aiment, et n’aspirent plus
qu’à se rejoindre.
Elles dansent émues dans les jours à venir
se croisent amoureuses, muettes émerveillées
par l’évidence de l’étreinte prochaine.
Les Parques nous ont tissés, noués si étroitement
que même Ithaque ne saurait nous défaire,
et même le temps qui s’y essaie, s’y révèle impuissant.
Au-delà des jeux de Maya, je suis tienne
et ce cœur, dont chacun de nous possède une moitié,
bat sa chamade sereine.
Plus rien ne presse,
les heures avec élégance, vont s’effacer
pour laisser en creux tout un espace où s’aimer.
Un jour, nous nous rencontrerons enfin.
C’est écrit dans les limbes, au revers des étoiles,
Au fond des coquillages…
Désirée Thomé 2007/2008 Photo Greg Colbert
mardi 10 juin 2008
Miranda
Je pourrai t’écrire des phrases aussi crépitantes
que des feux de Bengale
puisque j’habite mes mots
et que je suis vivante.
Je pourrai accrocher dans ton espace
des pensées au néon, lumineuses comme des astres
et chaudes tout autant.
Je pourrai te conquérir
rien qu’en murmurant à ton lobe, que de tout temps
c’est toi que j’attendais,
debout, au bord de toutes les falaises.
Mais je n’attends plus personne :
C’est seule, que je voyage, fébrile
et silencieuse.
Ce que j’aimerai, parfois
c’est un oiseau de passage.
Une aile, une plume, un papillon
qui en y déposant un peu d’or,
s’emmêlerait à mes doigts
et me donnerait assez d’air et de nuages,
pour que j’y perde le souffle, en puisant mon émoi.
Ce que j’aimerai, c’est un regard posé
sur mon épaule
qui ne demanderait en retour,
que ce que je peux donner,
juste quelques mots,
des mots pour la joie, aussi jolis que des feux de Bengale.
Désirée Thomé 2008
Peinture de Nakashima dit le "peintre du vent".
samedi 7 juin 2008
Si un jour...
Si un jour, tu vieillis
mûris melliflue, liquoreux
comme un vin qui le veut
dans un ventre de chêne.
Si ton pépin devient pomme
ta mue une aile.
Si ton âme, après une course très lente 
prends appui sur ta chair
Et t'élance pour de bon vers un ciel
Si un jour, tu abandonnes
lâche prise
autorise une parole vraie à ta lèvre
Si le roc de ton coeur
las de sa dureté se fends
et qu'une eau nitescente te survienne
Si un jour, enfin
l'intime de ta fibre rythme et jouit
au diapason
de la voluptueuse vibration
du Vivant
alors
tu me verras à nouveau, debout
solaire
ton nocher
au seuil de la Porte ouverte.
Désirée Thomé 2007
lundi 26 mai 2008
Des liens du Chant
Il y a des liens indestructibles
parce qu'on ne sait pas où,
à quel endroit du coeur,
ou de l'âme
ils se sont noués.
Quand enfle la colère
on voudrait les défaire
trancher
mais où faut-il porter le couteau?
Alors on frappe au hasard,
comme un enfant idiot,
on se blesse partout,
on se blesse surtout.
Et l'amour toujours, infatigable
nous relève, nous révèle dans nos creux
plein de bosses et de mots.
Parce que je ne t'aime plus,
c'est maintenant que je t'aime vraiment
enfin libre et légère
débâtée des désirs anthropophages,
dans la seule beauté des liens du Chant.
Désirée Thomé 2008
vendredi 23 mai 2008
La Male Guerre

Elle aurait aimé, la patriarche
la longue table
et sa chair tout autour.
Mais sa chair n'est que guerre
et les chaises sont vides.
L'air ne contient aucun rire
les enfants des enfants grandissent
ailleurs que sous le flot presque tari
de ses jours.
Où, à quel endroit de leur jeune temps
a t'elle failli?
Avant, ils s'aimaient pourtant.
Elle aurait aimé la longue table
et les siens tout autour
unis, réunis, chaleur pour ses vieux jours,
douceur pour ses yeux gris.
Mais sa chair aime la guerre
et poursuit la tuerie.
Désirée Thomé 2007
mercredi 21 mai 2008
Des épines
La vie est belle, la vie est moche
La vie est un miracle, un miracle qui cloche
Parfois, souvent
On ne voudrait voir que les arbres
Feuillées de sistres, jouets de vent
Ce serait si facile d'oublier les cadavres
Couchés devant.
Fermés les cieux, ouverts en grand?
Les roses poussent du fumier ras les dents,
Pourtant elles sont belles, les abeilles boivent dedans.
Le laid et le beau, le noir, le blanc
L'amour et la haine, se combattent tout le temps
Etrange ce monde où grouille le vivant
Sans cesse à la peine, ivre de son néant
Et que le Mouvement entraîne toujours plus loin devant
Oubliant que tout saigne sur les roses, pourtant...
Désirée Thomé 2007
Illustration C Louise
Moisson
J'aurai beau être attentive
tendue, tous les sens aux aguets
le sang à vif et la peau sensible,
je sais que tu viendras.
Tu me dépasseras sur le chemin
et ce sera à peine un souffle clair,
dérangeant le duvet de mon bras.
Je ne te verrai pas, et pourtant
je me raidirai comme une proie.
Tu me dépasseras même dressée,
même prête au combat, campée
armée de mon sabre de bois.
Tu me dépasseras
et viendras moissonner les miens.
J'aurai beau t'appeler, te défier,
m'interposer
« Prends-moi d'abord ! »
tu me passeras au travers du corps
sans t'y poser qu’à ton gré.
Tu iras les miens moissonner.
Et pour cette perte inconsolable
je te haïrai.
Je te haïrai, malgré tes yeux d’étoiles
et ton sourire d’humanité.
Je te promets que je te haïrai.
Je sais que tu es déjà là
-je perçois tes longs voiles-
caressant les os de ma mère,
ceux de ses sœurs, ses frères
il n'en reste plus qu'un.
Bientôt ce sera l’été.
Désirée Thomé 2008 Illustration Andrej Malinowski
Loué sois-tu, Seigneur, pour notre sœur la Mort que personne ne peut éviter.
Quel malheur pour ceux qui meurent avec un cœur mauvais !
Mais quel bonheur pour ceux qu'elle surprendra avec un cœur bon
car le paradis les attend auprès de Toi !
Cantique du Soleil. François d'Assise
vendredi 16 mai 2008
Mon bel était...
Tu danses encore contre moi
tes pervenches presque violettes, closes blotties
au val de mon cou.
Tu es encore contre moi
mes deux paumes légères dissolvant ta chemise,
posées sur ta peau humide
ta chair, la mécanique bien huilée de tes os,
émouvante et virile, battue par ton sang chaud
l'ogre du doute et de l'émoi.
Je te tiens toujours entre mes bras
timides, hésitants
je n'ondule même pas, je vibre d'un amour
qu'on s'interdit, qui crie mais
dont on ne parlera pas.
Tu aurais pu être à moi, une nuit, une heure
il m'aurait suffi de chercher ta bouche.
Mais quand tu as abandonné ta tête sur mes genoux
et que j'ai caressé tes boucles
L'idée de te prendre à quelque piège
s'est évanouie.
Ce que tu m'as donné d'amour ce soir d'été
jamais plus d'un autre homme, je ne l'ai reçu.
Désirée Thomé 2008 à Franck M...
Illustration M.Chagall




