Aubes Vives

"Les mots s'ouvrent comme des tiroirs, on peut rarement les refermer sans se pincer les doigts" G.Marquet

jeudi 17 juillet 2008

Madame

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Madame, je vous vois passer, fébrile et inquiète
chaque jour sous ma fenêtre.

Madame, rassurez-vous:
je ne suis pas votre rivale.

Ce que contiennent les chausses de Monsieur
de mol ou de raide
ne m'intéresse pas.

A vrai dire, je n'ai pas de désir
pour le mari d'une autre:
je vous abandonne volontiers ce piquant plaisir-là.

Enfant douloureuse du divorce
je ne saurai être le poison qui détruit
une famille.

J'aime bien trop les enfants.

Tromper, tricher, mentir sont des verbes
à langue bifide.
La mienne n'est que d'un seul tenant,
et ne sait même pas être de bois.

je ne suis qu'une aile
une plume
un oiseau sans cage, ni collier
qui trille et vagabonde
je rêve un rêve
d'éclatante beauté:
Je suis un troubadour et j'écris mon Chanté.


Je vous concède que ce n'est guère moderne
d'être ainsi attachée aux élans du passé
dans cette époque où l'on crève
de n'être plus que des fluides mêlés.

Alors, ne craignez rien Madame
continuez à tresser les lauriers de vos baisers
mirifiques et passionnés.

Et que votre coeur soit en paix:
je ne suis la rivale de personne.


Désirée Thomée 2008

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pied

mardi 24 juin 2008

Bis-repetita ad vitam ad aeternam

...et rien ne change.

Les rôles
le maître, l'élève
la courtisane obséquieuse
toujours pareil, toujours d'accord avec
le maître, l'élève écrasée
la soumission
le maître, l'élève qui a grandit.
Le pouvoir, le machisme larvé
déguiséCopie_de_pinocchio
les rôles, les carcans imposés
la femme forcément sexuelle
en bâts noirs
la soumission obligatoire
le maître-mot, le maître-ment
et impose à la femme
le rôle
de l'enfant.

Rien n'a changé
rien n'a changé...


Désirée Thomé  2008

Dessin de Monsieur Topor "Pinocchio"

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pied

samedi 14 juin 2008

Vous aviez un fils

Vous avez un fils.

Aux jours de la crèche, il aura vingt ans.

Il est beau, il est grand, il a mille oiseaux dans le coeur
et tous pépient gaiement.
Tant et tant que ce fils est aimé des filles
comme des gars.

Il est musicien.

Il fait de la musique avec toutes sortes d'instrumentsIG1264_In_Truth_There_Is_Love_Affiches
il chante aussi, pour faire rire les petite-filles.
Ses cheveux longs dansent sur ses épaules
et sa mère crie:
quand il est là, il fait tellement de vie.
Il fait de la musique aussi avec les molécules
il sera chimiste.
Il fait de la musique quand il sourit
il fait de la musique avec ses yeux
il a la plus belle âme qui soit.

Il rentre un vendredi soir de son école.
Il ne dort pas de la nuit, ni le samedi de tout le jour:
il passe son temps en compagnie de la blonde
qui l'habite.

En pleine nuit, il la quitte.
Il faut bien qu'il rentre chez lui.
Le père de la fille voit Morphée se poser un instant
sur ses paupières alourdies,
Son instinct de père pourtant, ne retient pas l'enfant
au lit.

Vous avez un fils.

Un dimanche matin, à six heures
les bleus frappent à votre porte
et vous annoncent qu'il est parti...


Désirée Thomé 2008


La peinture est de Elvira AMRHEIN

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pied

jeudi 29 mai 2008

Une robe couleur de Temps

Dans sa tête et ses heures
mon existence a fondu.
Même mon souvenir
n'est plus qu'à peine un contour,
un cadre sans toile
pour y tracer d'un trait d'humour
l'arc grand ouvert du sourire et du jour.

Mon coeur est blanc à l'endroit où il siège.frank

Pas de souffrance ni de picotements
de rougeurs, d'irritations
de brûlures jalouses, de bleus après coup
rien que le vent sur la plaie.

Rupture franche et nette, propre
chirurgicale.
Rien n'a pourri, aucun pus ne glougloute
sous une peau de chagrin

Tout est sain.

Juste
sa vie qui s'efface au croisement de la mienne.


Désirée Thomé 2008


Illustration Frank.C.Pape

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pied

lundi 12 mai 2008

Dimanche, morne plaine

Une vie de dimanches
de pommes
frites et poulet aux hormones.

Une vie de privations
pour quatre murs, une prison
de moellons.

La vieillesse au bout des tristes repasLittle_House_day
des restes
du rien que jamais on ne jette
et jamais jamais de vin de fête.

La grisaille tout le temps
sur la table et les mains,
les visages gris de vie morne
morte au fond, morte.

Pourquoi, pourquoi?

Quatre murs et un toit
trois mètres sur cinq d’un jardin maigre,
surplombé d’un ciel trop étroit.
Où plus rien ne vole
où même les nuages sont trop bas.

Une vie de dimanches
chiches et sans poids,
sans respirer, même
une vie étriquée comme un corridor
sans soleil et sans joie.

Pourquoi, pourquoi?

Il fallait tout claquer,
la langue et les doigts, appeler la Vie à grands cris
jouir de tout pour défaire l’ennui
l’écrasement du quotidien,

danser, chanter, s’ouvrir les volets

et le bonheur se serait invité...


Désirée Thomé 2008


Voilà. Vous êtes vieux. Malades. Toute votre vie vous avez compté. Toute votre vie vous avez mal-bouffé, mal-joui. Mais vous avez une très belle maison...que vos deux fils s'empresseront de liquider à votre mort.

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pied

jeudi 8 mai 2008

La foi et la montagne

Elle était là, silencieuse
devant la gueule gloutonne
du désert.
Le sable en crue coulait
chaque jour plus loinDunhuangsable
dans le village
en chassait ses voisins.

Elle a planté le premier arbre
et a toisé le désert,
les deux poings sur les hanches.

Et le sable toujours gagnait
pendant que stoïque, elle plantait.

Autour d'elle, les moqueries tombaient
et rebondissaient, légères
sur la nécessité de la feuille.

Ses enfants, un à un sont venus:
six paires de bras fouillaient
le ventre du désert,
y faisaient des trous pour y planter du vert.

Et puis les haies sont devenues
réalité
une femme seule, petite paysanne inculte
avait posé sa main
contre le front du désert
lui signifiant ainsi, qu'il n'irait pas plus loin.


Désirée Thomé 2008


En Chine, aux franges mouvantes du second plus grand désert du monde, un village. Des familles que le sable menace. Une femme seule tout d'abord qui décide de lutter, contre cet immense désert. Et sous les quolibets, elle commence à planter des arbres, des plantes,  frêles barrages de verdure et de vie face au gigantesque inéluctable. Sa famille a honte de ce qu'elle considère comme une folie, les mois passent mais elle ne cède pas. Alors, peu à peu convaincus par son opiniâtreté, ils viennent l'aider. Les arbres poussent, et soudain on rit moins. Un jour, ils s'y mettent tous. Tout le village. Et font une écharpe verte au désert qui s'arrête...La petite paysanne inculte a été récompensé par l'Unesco, est désormais citée en exemple, honorée. Vous me pardonnerez, je n'ai pas retenu son nom, j'ai cherché sur le net et je n'ai rien trouvé....pourtant elle méritait bien d'être saluée, non?

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pied

mardi 8 avril 2008

Métisse

J’aimerai bien moi aussi,
fièrement clamer la poitrine bombée,
le clin d’oeil entendu et complice,
des origines originales, exotiques et jolies.

Me flatter de grands-parents Dalmates à poil ras,
Grands Bretons ou Helvètes à poils raides.

Aussi mélées au bleu blanc rouge trop uni de mes veinestom_cockren
des peintures de guerre Cherokee, ou un peu
de bon vin d’Italie, la gaiété d’une mandoline.

Je voudrai expliquer pour ma peau de gazelle
une ancêtre Masaï, et pour ma petite taille
un Pygmée qui marche debout sous les tables.

Pour ma lèvre inférieure gourmande
d'innombrables nuits de baisers Peuls,
puis, de fiers Zoulous, des Inuits hospitalières,
un enfant du Mékong pour mes goûts culinaires.

J’aurai aimé des ancêtres voyageurs chevauchant
le Tropique du Cancer, parcourant de haut en bas
les hémisphères des femmes, et de la Terre,
semant des graines d’amour ici et là.

Mais ce qui coule en moi, c’est le seul Dauphiné
la terre de mes aïeux, une terre de blé
et de vergers casaniers.

Me faudra bien me contenter de mes veines trop claires
et espérer qu’à travers mes enfants, j’ai un jour

le regard métissé.

 

Désirée Thomé 2008


Illustration: Jeune fille Masaï  Tom Cockren

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pied

jeudi 20 mars 2008

Cher Papa

Le vent des corbeaux m'a porté la nouvelle,
il semblerait que tu déclines.

Il serait séant que ta fille accoure à ton chevet
mais qui suis-je?

Depuis le jour où j'ai commencé à gonfler
comme un soufflet*
dans le ventre de ma mère,
et depuis celui où j'ai osé naître sans queue,
je n'ai jamais été que la longue source
de ton désappointement et de ton mépris.
Autant être jusqu'au bout cette mauvaise blaguechristine
que le diable te fit.

Les corbeaux peuvent porter le deuil
j'ai le teint trop pâle, le noir ne me va pas,
tout comme le mensonge ou la langue de bois.

A quoi bon paraître à tes funérailles
je n'y pleurerai que sur moi.
Encore, s''ouvrirait la cicatrice toujours fraîche
de ta voix remplie de clous et de colère
à mon endroit.

Quand à tes beaux yeux bleu glacé
Y songer m'expose à prendre froid.

Bâtarde.

Ma mère a choisi seule mon prénom
et ce n'était pas celui-là.
Pourtant, au front de mon enfant
chaque étranger voyait crier ton propre sang.

Bâtarde.

Je me revois. Perdue, sans attaches.
Perdue, sans racines.

En un mot, tu m'as volé tous les miens
tu m'as arraché du jardin de nos ancêtres,
de la longue chaine des François, Virginie

des Rose et des Reine.

Mais Désiré, je l'ai repris,
replanté dans mon coeur

et c'est avec lui que j'écris.

 

 

Désirée Thomé 2008

*Il n'y a naturellement, pas de faute...

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pied

mercredi 23 janvier 2008

Papy's racing

Redimensionner12_NY07

J’ai vu matin sous mes fenêtres
une scène touchante.

Un grand-père au chef enneigé
faisait la course avec sa descendance.

Et le vieux gagnait,
malgré le tricot acharné, des jambes du petit.

A un pâté de maison,
Mémé était apoplectique
et happait l’air comme un poisson.

Elle s’arrêta, vaincue par les jeunesses,
cherchant son souffle au milieu des années.

Le gosse tout pétant du bonheur du jeu
se retourna soudain
et s’avisant de la grand-mère statique
se mit à crier :

Dépêche-toi Mamie !

Alors, Mémé avec un sourire, se remit à trotter.

Désirée Thomé 2008


Crédit photo: Photo Diolly (merci à Cricri pour sa gentille attention)


 

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