lundi 23 juin 2008
Nouvelle
Voilà que s’avance la femme transformée
Son âme bleue penchée est partie vivre sa vie,
Sur des chemins qui n’ont connu la foulée.
Il y a son cœur qui tape au dehors de sa poitrine
Elle le regarde, le vieux tambour usé,
La peau tannée par tant de coups de foudre,
Si fort le furieux fragile, le vieux marin buté
Qui contemple l’amer la tête dans l’eau rayée.
Et elle sourit :
Jamais elle n’eût voulu d’un cœur paisible.
.
Désirée Thomé 2006
lundi 19 mai 2008
Mémoire Morte

Cailloux, souvenirs aux flots rapides
de la rivière du Temps,
où ma mémoire tente le gué.
J'ai glissé en prenant pied
sur un murmure du passé.
Mon coeur s'est assommé.
Il gît dans l'eau blanche,
il est enfin en paix.
In the river of Times
there's a place to rest for,
without pain, without ache
and I go floating like
Ophélie on the flow.
Désirée Thomé 2008
mardi 1 avril 2008
Géométrie
Serrée
les équerres de tes bras
cadres d’os et de muscles
posés de part et d’autre de mon visage.
Ton corps en appui
contre le mien
mur mur ma cellule.
Sur le verrou de ma bouche
un baiser
pour fracturer la colère
et empêcher ma fuite.
Rien n’empêchera le bonheur
la douceur, le retour
de mon sourire.
Désirée Thomé 2008
Illustration? Mystère...
mardi 19 février 2008
Maraboutée

Je pressens les questions
Les désapprobations.
Suis-je donc taillée au vent des girouettes ?
Pourquoi ne vais-je jamais plus loin
qu’un jet de pierre carrée?
Bizarre ma montagne engrossée de tempête,
qui jamais n’accouche de belles haines concrètes.
C’est que vois-tu, je n’ai pas la formule
pour défaire mes envoûtements.
Comment fait-on pour dés-aimer ?
Désirée Thomé 2007
Illustration MARK RYDEN "Weeping"
Forges
Les nuits succèdent aux nuits
les aubes sont fugitives.
Je ne sais plus qui je suis.
Chaque seconde martèle à tour de bras
un souvenir
sur l'enclume de l'oubli
son métal rouge à vif
saigne encore des flammes mécaniques
et je pleure pour le refroidir
plus vite.
Désirée Thomé 2008
lundi 18 février 2008
Rossignol
Il ne comprenait pas
-comme tant d'autres-
que je fus si peu curieuse de son visage.
Le rossignol chantait le soir
sous mon balcon.
Peu m'importait de le voir:
j'entendais la beauté de son coeur.
Désirée Thomé 2008
mardi 12 février 2008
Blanc/Blanc
Blanc
sur blanc
j'avance
l'âme chaude tranchant le bain froid
avalée
bue
digérée
dissoute
bleue noyée blanc
enveloppée
cernée
abstraite
du monde bruyant
bâillonné
étouffé
par la grâce de l'hiver
enfin étouffé.
Silence
descendu
posé
blanc sur blanc
les anges chutent sans déchoir
l'air se tasse
au berceau des poumons
tuant le souffle
et la voix.
J'avance
brûlante et paix
ôtée
hors d'eux
seule
immensément
et plus jamais.
Désirée Thomé 2007
Crédit photo: Photo DIOLLY (remerciements à Cricri pour sa collaboration amicale)
"...lisant, non pas pour savoir, non pas pour apprendre, pour accumuler, pour entasser, pour acquérir. Non, rien de tout cela. Lisant, bien plutôt pour oublier, pour se déprendre, pour perdre, pour se perdre. Redevenant seul, infiniment seul.
Assez seul pour ne plus l'être jamais."
Christian Bobin "Souveraineté du vide"
dimanche 10 février 2008
Mortibus
Je vais mourir bientôt
S'il vous plaît, mon amour
N'en dites rien à personne:
Je ne voudrai pas que les hypocrites
Prétendent m'avoir aimé.
Il me faudrait alors
me relever
de mon douillet sépulcre
Pour leur cracher au nez.
Tu vas crever
comme tu es venu
inconnu
une vie passée à côté
de la vie
habitée seulement
du drame de Tantale
Tu vas crever
et ils ploieront ton corps
dans ton âme
comme dans un suaire sale.
Miracle à l'envers
L'amour a recouvré la vue.
Le dégoût dégaine
la chair
de l'os du coeur
le laisse à nu
comme celui de la seiche
à la cage pendu.
Une pie me picore
c'est l'ange
qui joue les orpailleurs
et plaque ses lumières
là où gagnait la haine
l'horreur.
lundi 4 février 2008
Psyché
Psyché dormait nue
au talus de l'été
une ombre, au dedans de sa cuisse
posait des papillons de nuit.
Psyché ne dormait plus
mais voulait encore la caresse des baisers.
Elle garda les yeux fermés.
Désirée Thomé 2007
mercredi 2 janvier 2008
Mirage

Il me faut encore effacer mon mirage
Qui tremble tout là-bas, sur sa ligne d'oraison
Et puis aussi, souffler mon naufrage
Libérer ma voix de son intime prison.
Mais tant que me demeurera, une once de mémoire
Je ne t'oublierai pas
J'irai saisir ta main tristement chaque soir
Et tu ne le sauras pas.
Désirée Thomé 2007










