lundi 2 juin 2008
Lettera Amorosa (IV)-Carl
C’est étrange. Chaque fois que je t’oublie, tu reviens dans ma vie. Il
suffit que ta prunelle liquide apparaisse pour que mon cœur, aussitôt se noie.
Tu as les plus beaux yeux du monde.
Une eau de lagon qui refuse obstinément de choisir entre le bleu et le
vert. Une eau qui scintille et palpite remplie à ras les paupières de poissons
émotifs. Tant d’eau que ma langue en a la pépie.
Ce que j’aime, c’est que tu respires à l’air libre. Que tu n’as
pas besoin de masque.
Que tu fais partie de ces hommes qui regardant le soleil, boivent par
leur front nu, quantité de lumière. Tu n’as besoin d’aucun artifice, d’aucune
fanfreluche, d’aucune béquille pour marcher dans ta vie. Accompagner celle des
autres.
Ce que j’aime c’est que tout le temps tu es maître, de toi. Tes désirs,
tu les transformes dans un athanor d’alchimiste suprême, le creuset de ton cœur
que remue ton âme. Et tes érections exsudent de l’or, quand d’autres ne
répandent qu’une gourme vulgaire. Car oui, tu désires. Ton ventre a faim. Mais
une faim très belle. Tu ne redeviens jamais, même au creux des lits de braise,
un primate qui baise. J’aime la discipline implacable que tu imposes à tes
besoins, pour qu’ils ne soient jamais que de belles envies.
Pour l’amour, tu es un vrai poète.
Et me voilà saisie. Tu rejoues ton cinéma en technicolor sur l’écran
tactile de mes rêves interdits.
Je ne sais pas si tu es beau ou pas. Grand mâle carré de partout, la
tempe salée sous le cheveu de nuit. Il y a cette force que l’on dit tranquille,
cette aura qui fait que tu t’imposes sans jamais élever la voix. Ta belle voix
douce. Qui s’en va faire un tour quand je l’envoie au diable, mais boomerang
toujours. Encore elle revient caresser tous mes lobes, m’allumer en poule
électrique.
La fièvre me guette. Déjà, je ne suis plus qu’un très long frisson, une
moiteur signant mon prochain trépas entre tes bras. Tu souris, patient.
La résistance n’est pas pour moi.
Désirée Thomé 2008
dimanche 1 juin 2008
Voilà de la belle poésie...
Tu ne fus rien, pas même un cœur de peu de temps,
Un jeu de femmes nues sur ta pensée d’amant
Mêlé de lourds cheveux ouverts comme un automne.
La roue du paon qui tourne en ton cœur monotone.
On te respire comme un lit. Tu crois qu’on t’aime.
On te boit, ô Juan, sur ta bouche d’oubli.
On se couche sur toi pour rêver à soi-même,
On te perd, on te gagne aux dés, comme un pari.
Tu es tout ocellé de tristes bouches peintes,
Tu es tout traversé d’appels et sourd de plaintes
Qui ont crié sur toi comme à travers la mer.
Un jour, tu seras vieux, ta chair sera la terre
Où dorment trop de mortes.
Tu seras ce hochet du plaisir qu’on emporte...
Sais-tu, malgré ton feu, combien court est ton temps,
Que des femmes sont nées dont tu n’es pas l’amant,
Que blessé mille fois aux dents de tes mortelles,
Tu t’en iras, Juan, juste avant la plus belle.
Andrée SODENKAMP extrait de "Sainte Terre" 1954
jeudi 29 mai 2008
Une robe couleur de Temps
Dans sa tête et ses heures
mon existence a fondu.
Même mon souvenir
n'est plus qu'à peine un contour,
un cadre sans toile
pour y tracer d'un trait d'humour
l'arc grand ouvert du sourire et du jour.
Mon coeur est blanc à l'endroit où il siège.
Pas de souffrance ni de picotements
de rougeurs, d'irritations
de brûlures jalouses, de bleus après coup
rien que le vent sur la plaie.
Rupture franche et nette, propre
chirurgicale.
Rien n'a pourri, aucun pus ne glougloute
sous une peau de chagrin
Tout est sain.
Juste
sa vie qui s'efface au croisement de la mienne.
Désirée Thomé 2008
Illustration Frank.C.Pape
mercredi 28 mai 2008
Lettera Amorosa III
Tu m’écris pour me demander des nouvelles de l’Arbre.
Tu es trop loin.
Pourtant, il suffit que là-haut, à l’autre bout, s’épanouisse le soleil invincible de ton sourire, pour que me revienne le poudroiement qui me grise. Alors, du terreau moite de mon corps monte la sève comme une fièvre, et gonflant la feuillée épanouie dans tes poumons, d’un coup d’un seul,
je te fais fleurir...
Désirée Thomé 2008
lundi 26 mai 2008
Des liens du Chant
Il y a des liens indestructibles
parce qu'on ne sait pas où,
à quel endroit du coeur,
ou de l'âme
ils se sont noués.
Quand enfle la colère
on voudrait les défaire
trancher
mais où faut-il porter le couteau?
Alors on frappe au hasard,
comme un enfant idiot,
on se blesse partout,
on se blesse surtout.
Et l'amour toujours, infatigable
nous relève, nous révèle dans nos creux
plein de bosses et de mots.
Parce que je ne t'aime plus,
c'est maintenant que je t'aime vraiment
enfin libre et légère
débâtée des désirs anthropophages,
dans la seule beauté des liens du Chant.
Désirée Thomé 2008
dimanche 25 mai 2008
Juste pour dire
JE SUIS HEUREUSE
Et bonne fête à toutes les mamans
vendredi 23 mai 2008
La Male Guerre

Elle aurait aimé, la patriarche
la longue table
et sa chair tout autour.
Mais sa chair n'est que guerre
et les chaises sont vides.
L'air ne contient aucun rire
les enfants des enfants grandissent
ailleurs que sous le flot presque tari
de ses jours.
Où, à quel endroit de leur jeune temps
a t'elle failli?
Avant, ils s'aimaient pourtant.
Elle aurait aimé la longue table
et les siens tout autour
unis, réunis, chaleur pour ses vieux jours,
douceur pour ses yeux gris.
Mais sa chair aime la guerre
et poursuit la tuerie.
Désirée Thomé 2007
mercredi 21 mai 2008
Des épines
La vie est belle, la vie est moche
La vie est un miracle, un miracle qui cloche
Parfois, souvent
On ne voudrait voir que les arbres
Feuillées de sistres, jouets de vent
Ce serait si facile d'oublier les cadavres
Couchés devant.
Fermés les cieux, ouverts en grand?
Les roses poussent du fumier ras les dents,
Pourtant elles sont belles, les abeilles boivent dedans.
Le laid et le beau, le noir, le blanc
L'amour et la haine, se combattent tout le temps
Etrange ce monde où grouille le vivant
Sans cesse à la peine, ivre de son néant
Et que le Mouvement entraîne toujours plus loin devant
Oubliant que tout saigne sur les roses, pourtant...
Désirée Thomé 2007
Illustration C Louise
Moisson
J'aurai beau être attentive
tendue, tous les sens aux aguets
le sang à vif et la peau sensible,
je sais que tu viendras.
Tu me dépasseras sur le chemin
et ce sera à peine un souffle clair,
dérangeant le duvet de mon bras.
Je ne te verrai pas, et pourtant
je me raidirai comme une proie.
Tu me dépasseras même dressée,
même prête au combat, campée
armée de mon sabre de bois.
Tu me dépasseras
et viendras moissonner les miens.
J'aurai beau t'appeler, te défier,
m'interposer
« Prends-moi d'abord ! »
tu me passeras au travers du corps
sans t'y poser qu’à ton gré.
Tu iras les miens moissonner.
Et pour cette perte inconsolable
je te haïrai.
Je te haïrai, malgré tes yeux d’étoiles
et ton sourire d’humanité.
Je te promets que je te haïrai.
Je sais que tu es déjà là
-je perçois tes longs voiles-
caressant les os de ma mère,
ceux de ses sœurs, ses frères
il n'en reste plus qu'un.
Bientôt ce sera l’été.
Désirée Thomé 2008 Illustration Andrej Malinowski
Loué sois-tu, Seigneur, pour notre sœur la Mort que personne ne peut éviter.
Quel malheur pour ceux qui meurent avec un cœur mauvais !
Mais quel bonheur pour ceux qu'elle surprendra avec un cœur bon
car le paradis les attend auprès de Toi !
Cantique du Soleil. François d'Assise
lundi 19 mai 2008
Mémoire Morte

Cailloux, souvenirs aux flots rapides
de la rivière du Temps,
où ma mémoire tente le gué.
J'ai glissé en prenant pied
sur un murmure du passé.
Mon coeur s'est assommé.
Il gît dans l'eau blanche,
il est enfin en paix.
In the river of Times
there's a place to rest for,
without pain, without ache
and I go floating like
Ophélie on the flow.
Désirée Thomé 2008




