Aubes Vives

"Les mots s'ouvrent comme des tiroirs, on peut rarement les refermer sans se pincer les doigts" G.Marquet

dimanche 13 juillet 2008

Lettera Amorosa V -Le coeur transfiguré

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Si je t’aime ?

Je t’ai toujours aimé.

Je t’aime d’un ailleurs dont nous n’avons plus qu’un vague souvenir. Un souvenir ténu, fil d’Ariane qui nous relie par ce coin de mémoire inaccessible, qui sait tout mais qui se tait. Et dont on ne capte les yeux ouverts, que de vagues reflets comme l’onde mobile trahit l’éclat furtif de la truite. Un éclat argenté, rien de plus. Le reste, c’est le cercle dans l’eau qui nous le dit.

Je ne sais pas, même encore aujourd’hui, ce qui nous rapproche, aimante nos pôles antagonistes. Je ne sais pas mettre un nom sur cette chose, ce nœud, ces barbelés, cette cellule ouverte, ces menottes mentales. C’est comme un appel, un effluve, une trace, c’est indistinct, incertain, et potentiellement indestructible. C’est comme une soif qu’aucune source ne peut étancher, une faim que même la mort ne rassasiera pas. Je le subodore.

Peut-être que c’est beau.
Peut-être que c’est moche.
Peut-être que c’est faux.
Peut-être que c’est un songe. Ou un cauchemar.

Que faire ? Qu’enfer ?

Mon cœur, ma fierté, mon soleil, me porte naturellement vers le haut. Où tu n’es pas. Pas encore. Sans doute jamais. Je suis déjà trop loin, si proche, irréversiblement proche, et pourtant déjà trop loin. On s’est croisé, manqué. Le témoin est au sol, dans la poussière. Je ne l’ai pas ramassé. Une autre l’a fait. Le cordon demeure, inaltérable même souillé. Il luit de son or magique.

Quand tu viendras lire mes mots, comme à l’eau de la source claire tu ne pourras que boire, te baigner le visage, te laver les mains, mais tu ne pourras rien emporter. Tu ne pourras qu’un instant, rien qu’un instant, apaiser ta soif. Goûter à cette fraîcheur vulnéraire. Seulement cela.

C’est peu, mais c’est tout. Et c’est déjà miraculeux.

Je ne sais pas ce qui nous lie, et il y a tant de miradors…

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pied

mercredi 25 juin 2008

Du choix des Anges (part I)

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L’auberge était déserte, aux abords de nulle part, entre ici et ailleurs.

Auriel s’était assise à une table sous un arbre, et avait réclamé du lait avec du miel. Zaphir avait oublié qu’elle pouvait avoir faim. Elle avait un peu rechigné à s’arrêter mais il lui fallut obtempérer. Une servante gironde s’était pointée, le sourire en façade juste au-dessus d’un décolleté exagéré. Elle n’avait pas accordé un regard à Auriel, sage et silencieuse sur son banc. Elle avait pris la commande de l’ange bougon.

Elle était revenue très vite portant un plateau de bois. L’attaque avait eu lieu en un éclair. Le poignard sacrificiel était apparu instantanément dans sa main, aussi instantanément que Zaphir avait tendu le bras, protégeant Auriel de la lame noire. Celle-ci s’était brisée sur l’invisible bouclier céleste, à peine s’il avait chanté. Zaphir par contre n'avait pas raté la fille et l'avait proprement embroché sur sa double-lame.

Elle n’était pas habile et ne s'était même pas débattue. « Un démon de première catégorie » pensa Zaphir stoïque, "son maître faiblit...". Sur la glissée des strates astrales, « les premiers étaient les derniers ». La hiérarchie démonique comme celle des anges fonctionnait à l’envers.

Zaphir était un ange du sixième échelon depuis la nuit des temps.

Au bout de la double-lame que Zaphir impassible remontait lentement de sous son menton jusqu’à ses orbites, le démon couinait.

-Ta gueule ! s’exclama-t’ elle en accompagnant l’ordre d’un quard de tour sec du couteau: Crève en silence…

Ce que le démon fit sans se faire prier d’avantage. Après des chuintements désagréables, des gargouillis et des borborygmes ignobles, elle fondit en un liquide visqueux et nauséabond que le sol absorba aussitôt.

-Putain ! Qu’est-ce qu’ils puent les salauds, maugréa Zaphir.

Auriel n’avait pas bougé d’un iota. Elle considérait son ange gardien d’un œil grave et curieux.

-Pourquoi toi ? demanda-t-elle sans préambule.

-Tu n’as pas eu peur ?

-Non… Pourquoi toi ?

-Pourquoi moi quoi ?

-Tu sais ce que je veux dire.

-Humph…Demande lui à ELLE.

-ELLE m’a dit « Tu verras ».

-Alors s’IL l’a dit, fie- toi à LUI.

-Tu es un ange qui danse sur le fil de l’épée. C’est pour cela que tu n’accèdes pas au septième échelon : tu n’as pas fait ton choix.

-Si tu as tout compris pourquoi est-ce que tu poses des questions ? Allez, il nous reste encore un long voyage pour atteindre Terre UN, allons-y.


Découvrez Thomas Newman!

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pied

Du choix des Anges (Part II)

-Je sens de la désapprobation.

-Je pense qu’il est inutile de tenter quoi que ce soit avec ce brouillon d’humanité. ELLE s’obstine à leur envoyer des porteurs de lumière, des penseurs, des guides, des sages, qu’ils s’empressent de punaiser, brûler, foutre en taule, torturer, j’en passe et des moins festives !

-Cette expérience t’a marqué on dirait ?

-Il n’était pas prévu qu’IL ferait de moi un simple mortel et qu’ELLE les laisserait me clouer sur une croix ! répondit-il avec humeur.

Auriel hocha la tête, observa un instant pensive les changements rapides de couleurs des yeux de Zaphir ,qui trahissaient son trouble profond.

-Tu as essayé.

-J’ai échoué.

-Tu as tracé sur ce monde abscon la seule voie possible. L'Amour.

-Laisse-moi rire ! Tu les as observé : rien ne les sauvera plus. Et toi, toi…ils te sacrifieront. Ils sont trop loin, trop engagés dans le processus de destruction finale pour avoir un quelconque sursaut de raison.

-Je suis la Révélation. Le monde coulera vers moi parce qu’il a si soif…

-Ce sera un nouvel échec.

-Non, pas cette fois. Cette humanité va se révulser, être agitée de spasmes violents. Il y aura beaucoup de pertes humaines, mais au bout du compte…

-Ils seront toujours aussi cons. Méchants. Bêtes et méchants. Voilà, rien à faire avec ceux-là, l’épreuve était trop grande. Rien que l’obstacle de la couleur de peau déjà. Non mais tu réalises ? Ils s’entretuent pour une couleur de peau !! On nage dans le délire!! Non, non, rien à sauver là.

Auriel pencha la tête et sourit.

-J'aiderai ce monde à être ce qu’il doit être : un jardin.

-Ne comptes pas sur moi pour bêcher !

-Pourtant tu resteras à mes côtés n’est-ce pas ?

-Oui, mais je me garderai de me me montrer.

-Alors, tout est bien. Allons-y.

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pied

Du choix des Anges (Part III)

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Elle avait quinze ans. Trois hommes l’avaient violé, déchirant la douce intimité de ses chairs avec une brutalité dont même les bêtes sont incapables. Le tribunal de son village l’avait condamné à mort pour s’être laissée souillée. A midi. Elle serait lapidée.

On l’avait amené sans ménagement à l’heure dite sur la place du village, jeté au sol où elle était restée tassée dans ses robes. A midi moins une, Auriel était apparue. Elle s’était penchée blanche et lumineuse sur la fille aux voiles noirs. Mais ce fut l’enfant céleste que la première pierre atteignit à l’arcade sourcilière. Elle poussa un cri bref de surprise et son sang ruissela sur sa joue.

Dans l’inter-monde, Zaphir hurla de douleur et se tordit les mains :

-Non !! Pas encore !! Pas encore un agneau !!

Il n’y eu aucune réponse. Mais il savait que c’était la réponse.

Sur la place du village, l’hystérie collective s’empara de la foule. Nul ne s’était étonné de voir apparaître Auriel, il fallait punir d’abord, tuer. Le lynchage légal leur avait donné le goût du sang. Les pierres pleuvaient, Auriel tenait serrée dans ses bras la jeune inconnue et pleurait de souffrance, le corps martelé.

Alors, il apparut à son tour derrière les deux enfants.

Le grand ange de septième échelon. D’un coup, il déploya ses immenses ailes de feu vivant qui claquèrent furieusement dans un bruit de tempête. Sa haute taille, sa chair d’or, sa noble tête couronnée de flammes, sa magnificence figea enfin la foule dans la peur et l’émerveillement.

On laissa tomber les pierres pour se prosterner dans la poussière en tremblant.

Auriel leva son visage vers son ange gardien : Zaphir vit les blessures se refermer comme l’enfant souriait.

-J’ai failli attendre.

~~


A propos de cette nouvelle. Elle m'a été inspirée directement par la série tirée de la pièce de théatre: "Angels in America: a gay fantasy". Pièce magnifique traitant du sida au début des années 80, de l'amour, de tout l'amour, celui des mères, celui des hommes pour d'autres hommes, celui des amants face à la maladie. Bref, au dire de certains spécialistes dont je ne suis pas, la pièce de Tony Kushner est le plus beau texte de théatre de la fin du 20 ème siècle, et je veux bien le croire tant certains passages sont bouleversants. Les anges y sont perdus et fantasques, Dieu a disparu depuis longtemps. Les anges qui jusqu'alors faisait "tourner la boutique" sont dépassés par la "vitesse" de l'Humanité. Les êtres humains vont "trop vite" il faut absolument qu'ils "ralentissent", si au moins Dieu était là pour donner des instructions...Bref, l'histoire est inracontable, peuplée d'anges paumés, de gens paumés et d'une figure emblématique de salaud jouée dans la série par un Al Pacino ignoble à souhait. Si vous avez l'occasion de la visionner n'hésitez pas.


 

Donc, cette nouvelle est aussi une "fantaisie". Elle ne contient aucun "message", je l'ai juste écrite pour le plaisir de mettre en scène un ange non-conventionnel, un dieu non-conventionnel itou. Voilà. D'autres nouvelles concernant les anges à venir.

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pied

lundi 2 juin 2008

Lettera Amorosa (IV)-Carl

C’est étrange. Chaque fois que je t’oublie, tu reviens dans ma vie. Il suffit que ta prunelle liquide apparaisse pour que mon cœur, aussitôt se noie.

Tu as les plus beaux yeux du monde.

Une eau de lagon qui refuse obstinément de choisir entre le bleu et le vert. Une eau qui scintille et palpite remplie à ras les paupières de poissons émotifs. Tant d’eau que ma langue en a la pépie.

Ce que j’aime, c’est que tu respires à l’air libre. Que tu n’as pas besoin de masque.

Que tu fais partie de ces hommes qui regardant le soleil,  boivent par leur front nu, quantité de lumière. Tu n’as besoin d’aucun artifice, d’aucune fanfreluche, d’aucune béquille pour marcher dans ta vie. Accompagner celle des autres.

Ce que j’aime c’est que tout le temps tu es maître, de toi. Tes désirs, tu les transformes dans un athanor d’alchimiste suprême, le creuset de ton cœur que remue ton âme. Et tes érections exsudent de l’or, quand d’autres ne répandent qu’une gourme vulgaire. Car oui, tu désires. Ton ventre a faim. Mais une faim très belle. Tu ne redeviens jamais, même au creux des lits de braise, un primate qui baise. J’aime la discipline implacable que tu imposes à tes besoins, pour qu’ils ne soient jamais que de belles envies.

Pour l’amour, tu es un vrai poète.

Et me voilà saisie. Tu rejoues ton cinéma en technicolor sur l’écran tactile de mes rêves interdits.

Je ne sais pas si tu es beau ou pas. Grand mâle carré de partout, la tempe salée sous le cheveu de nuit. Il y a cette force que l’on dit tranquille, cette aura qui fait que tu t’imposes sans jamais élever la voix. Ta belle voix douce. Qui s’en va faire un tour quand je l’envoie au diable, mais boomerang toujours. Encore elle revient caresser tous mes lobes, m’allumer en poule électrique.

La fièvre me guette. Déjà, je ne suis plus qu’un très long frisson, une moiteur signant mon prochain trépas entre tes bras. Tu souris, patient.

La résistance n’est pas pour moi.normal_pride5


Désirée Thomé 2008

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pied

mercredi 28 mai 2008

Lettera Amorosa III

Tu m’écris pour me demander des nouvelles de l’Arbre.

Il va bien.

Il se nourrit d’abondance d’eau et de lumière, puisque je l’ai planté auprès de ma plus belle source. Je le caresse à chaque heure du jour et de l’ennui, je lui parle et l’embrasse, l’enlace, le soupire. Il est l’unique objet de mon attention, le phare toujours plus rayonnant sur ma ligne de déraison.

Son tronc est vigoureux, qui va de moi à toi. Son aspect est merveilleux. D’une blancheur d’albâtre vivante, parcourue de longues veines qui charrient dans le flot lent, épais, d’une sève laiteuse, une multitude de scintillements de poussière d’or et d’étoiles. Et lorsque j’y pose ma paume, ma joue, mon ventre, je perçois loin à l’intérieur, une chaleur, une pulsation, un profond battement : celui de notre amour.

La tresse serrée de son fût, montre une rectitude parfaite. Ses racines plongent dans l’humus fertile de ma poitrine, se faufilent à travers mes côtes, enchâssent mes omoplates, et font le plus doux des moïses où berce mon cœur.

Je ne te cache pas que parfois, quand je doute, ce bois pèse le poids d’une croix morte. L’Arbre alors est malade. Il devient sombre et triste, une croûte noire se forme par place, tels de mauvais ulcères sur son écorce vive. Le ver peut alors se loger dans sa soudaine fragilité et y pondre ses térébrants petits.

Tu es trop loin.

Pourtant, il suffit que là-haut, à l’autre bout, s’épanouisse le soleil invincible de ton sourire, pour que me revienne le poudroiement qui me grise. Alors, du terreau moite de mon corps monte la sève comme une fièvre, et gonflant la feuillée épanouie dans tes poumons, d’un coup d’un seul,

je te fais fleurir...amazing_tree


Désirée Thomé 2008


 

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pied

samedi 22 mars 2008

Lettera Amorosa

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Je te l'écrirai cette lettre de rupture. Promis.


Mais pas aujourd'hui.

Aujourd'hui, le ciel est trop bas sur ma poitrine. L'air est tout plein d'eau grise, les couleurs sont trop pâles: je ne pourrai rien écrire de vif et de tranché. Je mettrai partout entre les lignes des points de suspension à l'espoir. Comme des cailloux de Petit Poucet. Pour que tu retrouves le chemin de mes bras. Et tu hocherais la tête, en soupirant : « Petite-fille ».

Derrière la fenêtre, un camaïeu indécis. La ligne des montagnes a disparu, mangée par les nuages, je n'ai plus rien où étendre mes pensées humides. Même le vent s'est couché en rond sur mon seuil, comme un vieux chien perclus. La vie autour de moi semble ralentir, se rassembler, se serrer sur elle–même, frileuse et craintive.

J'ai cherché dans ma tête le lieu où nous nous sommes perdus. Lâchés la main. Je ne l'ai pas trouvé.

Peut-être est-ce le Temps, le coupable ? Pourtant, je ne me sentais pas le cœur usé. C'est bien toi qui a changé, je suis si linéaire. Ainsi qu' un funambule perché sur la roue unique des cycles, j'avance incertaine. Mais droite.

Toi, c'est une autre route, une autre attitude, avec beaucoup de détours, de niches, de caches, de louvoiement. Tu sais tricher sous le ciel, je n'ai jamais eu ce talent là.

Je te l'écrirai cette lettre de rupture. Mais pas aujourd'hui.

Aujourd'hui, premier septembre, c'est l'hiver, j'ai froid, mes doigts sont bleus.

Et j'ai encore besoin de croire que tu m'aimes. Un peu.

*

Désirée Thomé 2007
 

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pied

Lettera Amorosa (2)

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Dis, quand reviendras-tu, mon amour ?

Sur le pas de ma porte, il n'y a plus que la chute inquiétante du jour, puis le grand lever du soleil roi.

Entre les deux, rien.

Pas une heure que je pourrais habiter pour y vivre. Pas une heure bleue où respirer. Le sang me bats son impatience migraineuse aux tempes, jouent des cuivres plein mes oreilles. Mon cœur tourne en rond comme un fauve dément dans une cage d'attente. Et ma peau, immobile, contient à peine une chair secouée d'innombrables tempêtes. Raison, désirs, tout se cogne partout contre des murs sans fenêtres et saigne, saigne. Tout voudrait sortir, s'échapper enfin libre, et bondir vers toi avec l'ardeur d'un guépard au repas.

J'ai trop de rouge bordant mes yeux, j'ai trop chaud, puis j'ai trop froid. Un à un, tous mes rêves ploient l'échine sous la courbature. L'absence est la double implosion silencieuse du cœur et de la pensée. Une réaction en chaîne coincée sur le fil d'un cercle vicieux. Incessante. Une catastrophe de phénix. Mourir. Renaître. Mourir encore, encore et encore. Sans aucun répit. Et rien pourtant, aucune lassitude, pas une larme, n'éteint ce grandiose incendie.

Il faut que tu viennes le boire.

Tu reposes voluptueux sur ma langue, caché entre mes lettres, allongé nu entre chaque virgule. Tu me noues les cordes vocales, capitonnant ma gorge pleine de mots fous d'amour, d'une ouate muette. Tu es tout entier debout dans ma poitrine, j'étouffe constamment. Et dans mon ventre...tu pèses l'éternité d'une passion invaincue.

Rebranche le Temps, sort moi de sa gueule de stase. Que mes aiguilles parcourent à nouveau mon cadran. Que tout arrive ou s'achève...

Dis, mon amour, quand reviendras-tu ?

*

Désirée Thomé 2007

Texte écrit suite à un petit "chiche" de messire Mégarde. Ce texte lui est donc dédié avec un sourire.


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lundi 3 mars 2008

Est-ce que l'Amour cogne?

Elle ne l’aimait pas.

Il pourrait bien la couvrir de tout l’or de la terre, de diamants, couronner à chaque aube sa tête de fleurs rares et fraîches, qu’elle ne l’aimerait pas d’avantage. C’est l’autre qu’elle aimait. Qu’elle n’avait pas cessé d’aimer, pas encore. Le vrai cadeau qu’il aurait pu lui faire lui, c’était de lui donner le temps. Le temps d’oublier l’autre. Celui qui l’avait trompé. Celui qui lui avait menti. Et qu’elle aimait quand même. Encore.

Mais il avait trop envie d’elle, il la lui fallait. Il lui fallait cette beauté, ce soleil. Et son corps. Son jeune corps tout juste dépucelé. Et pourtant vierge de partout. Il se faisait fort de lui apprendre à crier sous les assauts d’un homme. Mais entre ses bras, elle était restée silencieuse. Les yeux clos, le visage fermé. Absente. Sa chair chaude était là, sous lui suant, affreusement calme, comme pendant son sommeil. Il ne lui avait jamais tiré un gémissement de plaisir, même pas un sourire. Et il lui avait fallu affronter la vérité.

Elle ne l’aimait pas.

Les semaines passaient, et rien ne changeait. Elle était là, à ses côtés, sans jamais y être. Elle s’éloignait inexorablement sans pour autant décider de le quitter. Il aurait fait n’importe quoi pour la garder, même se mentir à lui-même à chaque seconde. Il avait même proposé le mariage, et tout de suite après de lui faire un enfant. Elle avait refusé. Évidement. On ne fait pas un enfant avec un homme que l’on aime pas.

Cela durait depuis quatre mois. Elle étouffait, il le voyait dans son regard brun où toutes les topazes s’étaient peu à peu éteintes. Ça le rendait dingue. Son silence. Il tournait en rond, cherchant une solution pour qu'elle ne puisse pas partir. Et son agressivité montait en épingle parallèlement à la frustration de son égo blessé.

Au terme d’une journée très glauque chez ses parents, pendant laquelle il n’avait cessé de l’humilier, elle avait refusé le soir venu, qu’il la touche. Elle avait dormi dans l’un des lits jumeau et lui dans l’autre. Enfin, il s’était étendu. Il lui avait semblé l’entendre pleurer, mais il n’avait pas eu le courage d’aller s’excuser. Il avait perdu la partie.

Elle ne l’aimerait jamais.

Le lendemain soir, ils étaient rentrés. Il avait fait les cent bornes pied au plancher. Elle avait peur. Il accéléra encore, prit des risques insensés. Mais elle ne pipa mot. Arrivés à son appartement, il explosa de rage, vida un plein sac de rancune, de reproches, de colère rentrée qu’il lui fallait vomir sous peine d’en crever. Il vit son visage se décomposer. Il ne savait pas qu’elle avait vécu ça, autrefois, ces accès de violence. Du père contre la mère.

Déclic. Elle était sortie d’un coup de quatre mois de coma. Bousculée par un vieux cauchemar. Elle avait attrapé son sac, et elle avait fui. Il l’avait rattrapé dans les escaliers par la bandoulière, l’avait tiré si violemment en arrière qu’elle s’était vautrée. Elle s’était remise sur ses pieds d’une seule détente du corps, électrique comme un chat. Son sac elle s’en foutait. Elle avait compris que les coups allaient tomber. Elle avait détalé.

Une seconde fois il l’avait rattrapé, et en pleine rue, en pleine nuit, pour qu’elle se taise, il lui avait mis sa main, ou son poing, sur la figure. Il ne savait plus très bien. Elle était tombée à nouveau, sonnée, terrorisée, appelant à l'aide. Mais enfin, elle exprimait quelque chose, tant pis si c’était une terreur absolue. Il était debout penché sur elle, quand une voiture avait stoppé. Des types en étaient sortis, elle en avait profité pour se remettre debout et courir, courir, courir.

Il savait où elle allait. Chez sa mère. Cette femme qu’il haïssait parce qu’au premier regard elle avait compris que c’était impossible. Entre eux.

*

Elle courait. Elle n’entendait plus rien que la brûlure sur sa joue. Le pont devant elle, vite. La petite rue sombre, vite, vite. Le bruit d’un moteur. Elle s’était tassée derrière un véhicule en stationnement, son cœur à deux doigts de se rompre. Submergée par une foultitude de peurs, anciennes, ou présentes. Peur de « lui », peur du noir, peur des hommes et de leur violence.

Elle avait tambouriné à la porte. Presque aussitôt derrière, la lumière, et le monde rassurant s’était ouvert.

Ma mère n’a vu que la marque sur mon visage…

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mardi 26 février 2008

Claudine au sauna (suite et fin)

Parfois, suivant les moments, nous avions le sauna pour nous seules. L’atmosphère dans la pièce de repos était chaude et moite, languide, feutrée. Une musique jouait, à peine perceptible. Je ne saurai expliquer ce temps hors du temps, ce temps des femmes hors celui des hommes. En ôtant nos vêtements, nous nous défaisions également du monde extérieur.

Claudia me reluquait volontiers, je ne m’en offusquais pas. C’était plutôt flatteur. Elle aimait mon corps, elle le disait sans arrière-pensée. C’est la seule fille qui m’ait jamais touché. Quand nous étions allongées dans le sauna, elle en haut et moi en bas, je la laissais se distraire et s’amuser à dénombrer d’un doigt, les grains de beauté sur mes fesses.

Lorsque nous sortions du petit cube surchauffé, elle me disait : « Viens, je vais te frotter » J’obéissais. Elle faisait des ronds énergiques sur ma peau avec un gant de crin. Après qu’elle m’ait étrillé sans pitié, j’allais me rincer sous un jet de douche polaire. Je virais au rouge écrevisse. Elle arrivait alors, armée d’une serviette, et me bouchonnait comme une jument. Puis, une sorte de rituel commençait.

Je devais me tenir droite, aussi sage qu’une poupée. Elle pressait d’un tube deux grosses noisettes d’un produit hydratant parfumé dont elle s’enduisait les mains. Elle appliquait ensuite ses paumes divinement chaudes sur ma nuque. J’ai toujours eu les cheveux très courts, comme un clin d’œil à Jean Seberg.

Elle arrondissait mes épaules, puis descendait jusqu’à ma taille lentement, pour rebondir sur la rondeur de mes hanches. Je me laissais faire avec délice, tout entière à mon plaisir, l’écoutant de très loin me raconter les sempiternels faux-bonds de son jean-foutre. L’odeur fleurie du lait montait mêlée à la chaleur ambiante : j’aurais aimé m’allonger et m’endormir doucement, tout en étant pétrie caressée par ses doigts de fée malicieuse.

Ses mains faisaient le tour de ma taille- elle s’extasiait sur le fait qu’elle pouvait l’enclore entre ses deux paumes- puis remontaient sur mes côtes, mon estomac. Mes seins la fascinaient. Elle les auraient volontiers échangés contre les siens si cela avait été possible. Il fallait qu’elle les touche, qu’elle les soupèse, qu’elle palpe, qu’elle modèle. Invariablement, elle s’interrompait à cet instant, récupérait son tube de crème, s’en remettait une bonne dose dans le creux des mains, le chauffait à nouveau, puis aussitôt, repassait ses bras sous les miens. Dans mon cou, elle m’affirmait qu’il fallait « bien hydrater parce que la peau des nichons, c’est tellement fragile » Ses mains se faisaient amantes. Douces et fermes. Précises. Enveloppantes. Ses paumes glissaient d’une façon très érotique contre ma peau. Je ne sais si j'éprouvais plus de trouble que de bien-être, ou simplement les deux à la fois. Un instant, la pulpe de ses doigts passant sur mes tétons, en appréciait la dureté. Alors, brusquement, comme pour casser l’espèce d’envoutement sensuel qui s'installait entre nous, avec un rire sonore, elle s’exclamait : « Tu les tailles en pointe tous les matins ? »

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