Aubes Vives

"Les mots s'ouvrent comme des tiroirs, on peut rarement les refermer sans se pincer les doigts" G.Marquet

dimanche 4 mai 2008

Ma Reine

Tu aurais tant voulu être choisie.
Tu te hausses sur la pointe des pieds pour dépasser l'amer
Et le repli qui s'amorce juste au coin de ton cœur.
Tu es plus grande qu'eux qui sont si petits, des enfants
Que ton amour jamais ne punit.
Tu te nourris des miettes, de ce qu'ils veulent bien t'abandonnerchut
De leurs cènes secrètes, où tu n'es pas conviée.
Tu ne demandes plus rien, tu n'attends plus personne
Quelque chose en toi est mort
D'avoir été ignoré.

Dans tes placards se cachent les cadavres
De tous tes espoirs déçus
De toutes tes larmes sèches, de tout ce qu'ils n'ont pas vu.
Tu planques soigneusement ce qui pourrait trahir
Ton manque, alors tu te tiens bien raide dans la retenue.
La douleur d'être l'étrangère tu la déverse ici
Comme dans des cornues
Pour en faire ton or, ta grandeur, ta poésie.

Mais

Tu aurais tant aimé être choisie.


Désirée Thomé 2007  Spéciale dédicace à Pivoine.

Posté par Desiree Thome à 18:32 - Poiein - Commentaires [24] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

pied

Commentaires

Bien nombreux et nombreuses sont ceux et celles qui auraient aimé être choisis. Mais nous tous, sommes-nous toujours bien attentifs à choisir, à aimer, à ne pas blesser...
C'est un très beau poème, Désirée, offert à notre amie Pivoine et qui doit nous faire réfléchir!
Bises

Posté par catherine, dimanche 4 mai 2008 à 21:28

Il faudra que je t'expliques la genèse de ce texte, et le pourquoi. Parce qu'il parait être le reflet d'une certaine amertume, or c'est tout le contraire. Certes j'aurai aimé être choisie, et plus je devais être choisie, tacitement ce devait être ainsi. Mais ce n'est pas moi qui fut désignée pour veiller sur ma petite nièce en cas de pépin. Les liens du sang ont fonctionné à plein dans cette histoire, et je ne suis que la pièce rapportée, la demi-soeur. Je pose cela sans amertume aucune, c'est un fait que j'accepte parce qu'on ne me donne pas le choix. J'accepte. Et là, je me dépasse. Et je me grandis à mes propres yeux. :)

Posté par Désirée, dimanche 4 mai 2008 à 22:14

Effectivement ton texte puise ses racines dans ton histoire qui m'est inconnue. Je ne dirais pas amertume mais certainement une certaine tristesse...inévitable!

Posté par catherine, dimanche 4 mai 2008 à 22:18

C'est très beau.

C'est assez romantique comme conception, que l'alchimie de l'art prendrait comme matière première la souffrance. Qu'on pourrait créer du beau en sublimant le mal. J'y souscris et je veux croire aussi qu'on peut créer en étant heureux.

Posté par ppm00, dimanche 4 mai 2008 à 22:44

Merci, ô merci Désirée... Pour te citer un exemple. Mon mari s'est marié trois fois. La première a eu une alliance. La deuxième, c'est-à-dire moi, n'en a pas eu parce que c'est moi qui aurais dû m'en occuper (il n'en avait pas le temps) et moi j'étais enceinte jusqu'aux oreilles... (pas le moment de courir les bijoutiers!) on en a souvent reparlé après... Peine perdue, en juin (date anniv de notre mriage, il n'avait jamais le temps), sauf à la fin, il a exigé l'achat de deux alliances... Alors que j'avais déjà lancé la procédure de séparation (en cachete de lui)...

Et bien entendu, la troisième a aussi une alliance.

Bon, l'avantage, c'est que je n'en ai jamais porté, je suis tranquille: pas de mise, pas d'enlèvement, pas de remise pas de réenlèvement, lapaix quoi !

Merci pour cette intention si gentille et toujours, quelle belle poésie !

Posté par P ivoine, lundi 5 mai 2008 à 00:15

Catherine

Oui, une grande tristesse. Comme tu as pu le lire, c'est une blessure d'enfance qui génère, qui a généré (parce que j'ai finalement renoncé) beaucoup de manque, le profond désir de "faire partie" de quelque chose, d'appartenir. Certains se passent de toute attache, de toutes racines, j'ai l'instinct profondément grégaire. C'est à force de renoncement, et surtout d'amour, de dépassement de soi, qu'on accepte sa famille pour ce qu'elle est et pour ce qu'elle ne donne pas. On ne change pas les autres, on les prends comme ils sont ou on passe son chemin. Il m'a fallut des années pour comprendre, intégrer, même si c'est injuste et si je n'ai rien fait pour mériter cette mise à l'écart.

J'aime les miens, tant pis.

Bonne journée! :)

Posté par Désirée, lundi 5 mai 2008 à 07:01

PPM

Je vous dirai que je prends surtout ce qui vient, et que j'écris la plupart du temps dans l'excès, au fond ou tout en haut. J'essaie surtout de conserver un peu d'empire sur moi-même. De contrôler mon énergie, mon côté passionnel, emballé, irraisonné, violent. Je mets beaucoup de ouate dans ma grande gueule. Parce que bon, je fais des dégats, je l'avoue. Mais j'assume. Et bien sûr qu'on peut créer en étant heureux!! Mes érotiques en sont la preuve vibrante! ;)

Posté par Désirée, lundi 5 mai 2008 à 07:11

Pivoine

Je te comprends. Il faut avoir été toute sa vie ou presque la cinquième roue du carrosse pour comprendre ce que l'on peut souffrir d'être là comme un cheveu sur la soupe. Le piège c'est le repli, le dessèchement. J'ai beaucoup souffert de tout ça, aujourd'hui je crois que je suis au bout de mon apprentissage de l'Humain. Dans ses creux et ses bosses, ses beautés et son intense laideur. Le but c'était d'arriver au bout et d'aimer encore, dépasser sa personne, sa douleur. C'est tout ce qu'on retrouve dans ce poème, "ils sont si petits", mais petits comme des enfants plutôt que comme mesquins. Comment en vouloir à des enfants?

Je t'embrasse et courage Pivoine. :)

Posté par Désirée, lundi 5 mai 2008 à 07:19

Bonjour Désirée

Je lis, j'ai lu, je relis... je lis vos regrets, je vois vos peines, vos regrets en fêlures cachées ou voilées, les archives "douleur" d'un morceau de vie.

Le poème est sublime.. Ne me lapidez pas.... pour ce qui suit...

Et s'il fallait le garder en tant que tel... un merveilleux poème...

Et s'il suffisait de ne plus se retourner, de se déshabiller un beau matin derrière un arbre.. FAIRE un tas de jadis et d'en rire...un peu, les fesses au soleil.. Pourquoi perdre son temps aux regrets, de ce qui n'est pas, attendre ce qui ne sera jamais est-ce raisonnable?

Et s'il fallait s'en aller ainsi vêtue et s'habiller de "soi" en chantant, "se" choisir une bonne fois pour toute, parce que je suis "la mieux" pour moi et je n'en ai qu'une, c'est le plus important au départ, la densité du "soi" à construire avons-nous encore besoin de ce qui fut?

Pourquoi n'aurions nous pas droit au mieux? pourquoi faut-il subir sous prétexte que..

C'est vrai ça? Pourquoi....

Je sais, je sais.... c'est tellement difficile, mais entre essayer et rien...

Je t'embrasse Désirée...

Posté par Mathilde, lundi 5 mai 2008 à 09:16

Oh mé Mathilde

ma douce Mathilde: c'est exactement qu'est-ce que je dis!! rireee

J'ai mangé toute ma tristesse d'il y a un an quand j'ai écrit ce texte. Je rebondis de plus en plus vite, et de mieux en mieux. Je n'ai pas de regret, je n'en ai jamais eu pour rien. Même mes monumentales conneries, erreurs de jugement etc je les ai assumé. Les regrets ne sont pas éternels: ils sont inutiles. Des boulets qui empêchent d'avancer.

Il y a un truc que j'ai écrit en dessus et qui est very important: aller au bout et aimer encore.

Et je dirai même plus: au bout c'est comme au pied de l'arc en ciel: il y a un trésor. L'amour. La paix. La douceur.

T'embrasse bien fort! :))

Posté par Désirée, lundi 5 mai 2008 à 09:52

Ah...je rajoute un ketru comme disent les djeunz. Ne plus se retourner est une solution, mais la blessure reste intacte souvent dans le dos. Moi j'en ai choisi une autre: faire face, aller jusqu'au bout de la douleur, curer la plaie et guérir totalement. Du mieux que l'on peut. Cela me parait plus sage et ça évite l'infection généralisée! ;)

Posté par Désirée, lundi 5 mai 2008 à 09:56

Jean 3.
Naître à nouveau.
c'est l'issue de loin la meilleure.
Un excellent moyen de savoir qu'on est choisi...

Il en est cependant qui choisissent d'ignorer cette possibilité, dans ce cas lève la tête, avec une saine arrogance et chante:
j'ai échoué, j'ai échoué, mais maintenant, je chante, je chante de la joie de mes échecs à la tête de mon sort !

Posté par joruri, lundi 5 mai 2008 à 14:10

Très beau poème...
On perd son temps à attendre d'être choisi(e)...Attendre, immobile, encore attendre, statufié(e).
Prendre sa vie en main et grandir c'est ne plus attendre.
Pivoine...Je l'aime beaucoup et j'ai mal de la regarder attendre sans fin car plus que d'autres elle a tout pour grandir.

Posté par kloelle, lundi 5 mai 2008 à 16:18

Très beau...

... tellement, que je reste scotchée devant mon écran de pc. Et puis ça c'est finit en introspection douloureuse...
Je n'ai pas encore rebondi.

Posté par Nat et Pouchkine, lundi 5 mai 2008 à 16:47

Oui... :-/

Une pensée heureuse vers toi, Chris.

Posté par agnès, lundi 5 mai 2008 à 17:39

bonsoir Désirée,
Une fois de plus, Mathilde a merveilleusement expliqué ce que j'aimerais te dire. Je fais exactement cela chaque matin, je me déshabille de mon passé pour goûter la journée qui vient et m'attacher à ceux et celles qui sont là ce jour là. Mais l'ouvrage est à recommencer chaque matin et exige une réelle volonté mais cette démarche m'apporte beaucoup . Aujourd'hui, je t'embrasse toi, Désirée et Mathilde aussi. c'est bon que vous soyez là même au travers d'un ordinateur8

Posté par catherine, lundi 5 mai 2008 à 18:40

Joruri

...il y a beaucoup de morts dans une vie. Renaître demande beaucoup d'efforts, et je ne suis pas certaine que ce soit à la portée de tous.

Posté par Désirée, lundi 5 mai 2008 à 20:19

Kloelle

"statufié" oui, c'est le bon mot, figé, en stase. Comme hors la vie. Dans l'attente d'un mot, d'un geste. Finalement à lire tous ces commentaires je réalise que chacun à ses "trucs" pour s'en sortir. Mais je pense qu'on ne peut agir que seul pour soi (la main tendue n'est quand même pas inutile, loin de là). Genre "aide-toi et le ciel t'aidera". Non?

Posté par Désirée, lundi 5 mai 2008 à 20:27

Nat

Allez, un petit coup de papatte pour t'aider?? :)

Bisous

Posté par Désirée, lundi 5 mai 2008 à 20:28

Agnès

Oui? sourire. La même pensée pour toi mon amie. ;)

Posté par Désirée, lundi 5 mai 2008 à 20:29

Catherine

Je suis d'accord. Et puis, on a si peu de temps, autant faire son possible pour ne rien gâcher... ;)

Bise

Posté par Désirée, lundi 5 mai 2008 à 20:31

Ca m'a l'air difficile tout ça...
curieusement, ce geste représente pour moi quelque chose de très positif, la complicité dans le mystère.
Ce serait bien que ça prenne cette tournure de ton coté désormais.

Posté par joruri, lundi 5 mai 2008 à 21:07

Chut !

Et mourir dans ta bouche pour renaître sous tes fenêtres allaitées par la brume ! Choisir d'être choisie ?
La photo parle d'elle même et le poème l'a choisie.

Posté par Sylvaine, mardi 6 mai 2008 à 11:02

Bonsoir Désirée,
Un petit clin d'oeil ensoleillé après cette belle journée!
Bise et belle soirée à toi

Posté par catherine, mardi 6 mai 2008 à 19:05

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