Aubes Vives

"Les mots s'ouvrent comme des tiroirs, on peut rarement les refermer sans se pincer les doigts" G.Marquet

lundi 14 avril 2008

Qui es-tu?

Qui es-tu,
si différent de moi que parfois je t'oublie?
Qui es-tu avec ton orgueil bardé d'acier,
tes yeux froids, tes mains chaudes, tes colères?
D'où viens-tu?
De quelle maison en ordre,
de quelle passé sévère, de quelles amours faciles?
Quand vais-je te joindre pour ne plus te perdre?
T'avoir en moi comme l'hostie,
effacer nos frontières de peau,
toucher ta bouche
et la reconnaître.
T'oublier à jamais dans un sommeil mélangé...
J'ai perdu des jours et des jours
à te poursuivre alors que tu m'étais donné,
à t'appeler pendant que tu me parlais.
Je suis lasse de toi,
comme d'un chemin qu'on fait les pieds blessés
et cependant j'ai faim de toi,
la stupide faim sans nom.
Quand t'aurais-je ouvert jusqu'à l'âme?
Quand serais-je devenue si faible,
si consentante, si donnée
que tu ne sauras plus que faire de moi?
je suis patiemment, ton ennemi et ton amour, le guet.
Es-tu entré une seule fois
à l'intérieur de toi-même
pour t'y rencontrer,
t'y parler,
m'accorder à toi
entre toi et toi?
Dépêche-toi :
je m'occupe à mourir.

MA759_Les_amants_Affiches

Andrée Sodenkamp

Dédicace à Danielle qui m'a envoyé un poème de Andrée (que j'aime beaucoup), il y a quelques temps (je l'ai gardé dans mes docs). Je lui renvoie la gentillesse avec ce grand beau texte.

Illustration Magritte: "Les amants"

Posté par Desiree Thome à 17:50 - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

pied

Commentaires

Entre toi et moi

« Es-tu entré une seule fois à l’intérieur de toi-même….. » texte si intense !

Voilà que tu m’enchantes avec du Surréel et de l’Amour…
Une fenêtre plus claire s’ouvre au miroir
Et plus rien, un instant, ne peut me décevoir

pour te remercier…puisé chez Eluard (comme un Magritte de la plume)
« Je vis dans les images innombrables des saisons
Et des années
Je vis dans les images innombrables de la vie
Dans la dentelle
Des formes des couleurs des gestes des paroles
Dans la beauté surprise
Dans la laideur commune
Dans la clarté fraîche aux pensées chaude aux désirs
Je vis dans la misère et la tristesse et je résiste
Je vis malgré la mort »…..
....Je vis dans la rivière atténuée et flamboyante
Sombre et limpide
Rivière d’yeux et de paupières…..
…..Je réponds de la vie je réponds d’aujourd’hui
Et de demain
Sur la limite et l’étendue.
Sur le feu et sur la fumée
Sur la raison sur la folie….. »1947 P.E. « A l’Intérieur de la Vue »
Bonne journée...Sylvaine

Posté par sylvaine, mercredi 16 avril 2008 à 13:19

Bonjour Sylvaine

Je suis si femme préoccupée à aller à la rencontre des femmes, ces poètes trop souvent ignorées, que je n'ai pas encore eu le temps de me pencher sur bien des hommes...à part Hugo. J'ai picoré ici et là, un peu de Baudelaire, un peu de Dimay, de Prévert, Aragon mais tant d'autres attendent encore. Mais les femmes...Andrée Sodenkamp, Colette Benoïte, Gabrielle Marquet, etc, les lire, pénétrer leur univers, leur coeur me ravit à un point et plus, cela me transcende, c'est par elles que je me sublime. Un ami m'a dit: "Ne vous mesurez pas aux petits, mais aux grands" Alors c'est ce que je fais, et les lisant ces dames poètes je comprends exactement où je dois aller, comment je dois y aller, et quelle force mettre dans le voyage. J'écris depuis sept ans maintenant, je n'étais sans doute pas faite pour écrire de la poésie, mais la poésie me brûle, me possède, je l'ai dans la peau. Je dois avancer, si c'est au prix de la solitude ce n'est pas cher payé...

Sylvaine, je voulais te dire que je peux paraître assez distante, voire, peut-être, prétentieuse (quelle horreur!), en fait ce n'est pas de la froideur c'est juste que je me protège instinctivement et de plus en plus, le virtuel rime avec cruel un peu trop souvent. Ce n'est pas que je sois inamicale, asociale, ma porte est toujours ouverte, mais j'avoue avoir de plus en plus la trouille des autres. Et pourtant je les aime, ces autres...


Merci pour ton écho, ta spontanéité très vivifiante, cette amitié offerte d'emblée, ça fait du bien. Alors merci.

Bises et bonne journée :)

Posté par Désirée, mercredi 16 avril 2008 à 14:01

Ca me touche beaucoup que tu cites Andrée Sodenkamp, Chris. C'est une femme de "chez moi"...
comme Anne-Marie Derèse, poète belge trop peu connue...

Bises amie ! Ravie de te lire !

La femme se couche pour l'amour,
pour l'enfant et la mort.

Le reste du temps,
elle est debout
avec sur les lèvres
la mélodie
du charmeur de serpents.

Elle est debout devant
le train qui part,
devant la porte fermée,
devant un feu
qu'elle est seule à voir.

Ses mains se crispent,
les miroirs se déforment.

Elle regarde les femmes
grosses d'enfants
qui entraînent vers ce feu
un peu de chair tendre.

Posté par agnès, mercredi 16 avril 2008 à 15:59

Merci

Merci pour le partage de cette belle offrande adressée à Danielle, je découvre Andrée Sodenkamp, et j'irai musarder du côté de Colette Benoïte, Gabrielle Marquet, avec l'impatience du chercheur d'or!

"Dépêche-toi :
je m'occupe à mourir."
Ce final fait sourdre des ramifications avec les oeuvres d'Emily Dickinson et celle de Marina Tsvetaeva.

Les amants de Magritte... j'ai une affection toute particulière pour ce tableau

Posté par semaphore, mercredi 16 avril 2008 à 16:30

Agnès

Oui,je sais qu'elle est Belge. Andrée je l'ai découverte par l'anthologie de poésie féminine de Régine Deforges. J'ai tout de suite accrochée, c'est la poésie qui me correspond exactement, celle où je peux me lover. Je ne sais comment t'expliquer, mais il y a des poètes que je "reconnais". C'est comme Gabrielle Marquet, j'ai sur mon chevet son minuscule recueil "La pelote à épingle", c'est un ravissement de simplicité, de choses de la vie. Il faudra que je remplisse mon carnet/album pour vous faire découvrir ce qui me touche le plus dans ce recueil. En tout cas il est bien difficile de trouver les recueils de ces dames...ils sont rarement ré-édités et comme souvent ils ne l'ont été que dans un tout petit nombre, cela tient de la gageure d'en posséder un.

Dis Agnès, il est de toi ce poème? Il me laisse une impression très "maternelle", sororale.Merci :)

Je ne connais pas la seconde poète que tu cites, un extrait?

bises

Posté par Désirée, mercredi 16 avril 2008 à 17:49

Semaphore

Ah...Emily Dickinson! Une toute grande à lire elle aussi, elle m'a été maintes fois recommandée. Mon prochain achat/découverte probablement. Mais pour être pleinement "dans le bain" il me faudrait la lire en V.O et je ne suis pas sûre d'être assez bonne avec la langue de Shakespeare pour être capable d'apprécier toutes les subtilités de cette langue, à plus forte raison du côté de la poésie.

J'aime aussi beaucoup ce tableau de Magritte qui raconte tellement...

Posté par Désirée, mercredi 16 avril 2008 à 17:55

Merci Ziza, chaud au coeur, chaud partout.
Pour l'adresse, pour la beauté des mots partagée,
pour le sens et les sens.
Parce que vous, parce que moi.
Je vous embrasse,
Océania

Posté par oceania, mercredi 16 avril 2008 à 18:22

Non, il n'est pas de moi ce texte Chris, il est d'Anne-Marie Derèse.
Et Colette Nys-Mazure et sa célébration du quotidien, tu aimes...

Bises à toi !

Posté par agnès, mercredi 16 avril 2008 à 20:00

Océania

C'est moi qui vous remercie pour les petits cadeaux de mots, que j'ai gardé bien sûr...

Des tendresses chère Danielle :)

Posté par Désirée, mercredi 16 avril 2008 à 20:15

Agnès

Je l'aurai parié. C'est une manière très différente de la tienne, je ne sais comment dire. Tu es plus aérienne, dans la pensée, le ressenti. Là c'est la chair, c'est le sang qui bats, c'est animal. Tu vois? Raah je ne sais pas exprimer mais c'est une façon d'écrire différente. Autant d'auteurs que de façons. Normal.

Colette Nys-Mazure, j'ai vu son nom je ne sais où. Mais tu sais que j'ai beaucoup à lire, à découvrir, et cette poète en fait partie. Eh oui. Inculte qu'il a dit le monsieur, mais je me soigne ;)

Bises du pays des collines

Posté par Désirée, mercredi 16 avril 2008 à 20:20

Quel festival de mots dans le poème d'Andrée et dans les coms d'ici. C'est drôle mais ce poème m'a immédiatement fait penser à quelqu'un qui m'avait offert Eluard.
A part ça, nous ston fir d'ete belch! (je me demande si tu vas comprendre?)

Colette Nys-Mazure, tu l'as peut-être lue chez moi. Elle a été mon prof au lycée pendant 3 ans. C'est une femme extraordinaire avec qui je corresponds toujours aujourd'hui. Son site est dans mes liens (tu peux y lire pas mal de poème)

Voilà maintenant dodo
Alors bise du soir Désirée, brûlée de poésie!

Posté par catherine, mercredi 16 avril 2008 à 23:25

"Nous sommes fières d'être Belge"?

Oui!!! Voilà où j'ai lu quelque chose de Colette Nys-Mazure! Quelle chance tu as!! Bon et bien maintenant ne te reste plus qu'à faire aussi bien, hep hep hep: pas d'excuses! *rire*

Bonne journée Cath

Posté par Désirée, jeudi 17 avril 2008 à 07:56

moi je m'occuppe a vivre…

Posté par yoyostereo™, jeudi 17 avril 2008 à 09:54

Yo

...et c'est déjà pas mal.

Je vous ai vu un peu partout, je suis même déjà passée "chez vous". Je pérégrine. J'ai vu que vous écrivez érotique. Itoo. J'écris couillu si ça vous tente.

En tout cas la bienvenue! :)

Posté par Désirée, jeudi 17 avril 2008 à 10:34

Bravo Désirée, tu sais traduire le wallon !Tu es douée pour les langues étrangères en plus de la peinture et de la poésie. Où t'arrêteras tu?

Posté par catherine, jeudi 17 avril 2008 à 21:03

On se le demande! rireeee

En fait les patois se ressemblent un peu et ma grand-mère parlait souvent patois quand j'étais petite. Je me souviens "d'en champs les chioures".

Des mots me sont restés comme ça. :)

Racines.

Posté par Désirée, vendredi 18 avril 2008 à 08:01

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